L'histoire de la naissance de l'homme drapeau : création de l'appareil et du vocabulaire technique

Le tout débute en 2006. À ce moment, j'étais entraîneur de cirque, membre de l'équipe nationale de trampoline, fondateur et entraîneur-chef du club de trampoline ITECQ. Je performais aussi comme artiste de cirque avec mes numéros de sangles solo et duo. Ne faisant plus de numéro de main à main depuis 1 an et n'ayant donc plus suffisamment de travail en tant qu'artiste, je commençai à chercher ce que je pourrais faire pour compenser ce manque.

Je me suis alors lancé dans le free running (parkour). J'avais vu une vidéo sur YouTube et j'ai immédiatement été attiré par cette discipline. Pendant l'année 2006 et le début 2007, je mis en ligne plusieurs vidéos de free running et d'acrobatie de toutes sortes sur ce même site web. Il en va de soi que, plus la vidéo était populaire, plus j'étais content. C'est d'ailleurs dans ces premières vidéos que, ayant vu plusieurs spectacles du Cirque du Soleil, je repris certains mouvements de base. Les commentaires bondaient dans le même sens, me permettant ainsi de comprendre ce que les gens aimaient le plus : mes performances en drapeau humain. Ainsi, pour les vidéos qui allaient suivre, je voulu réintégrer ce dernier, mais je devais trouver de nouvelles variantes; les chin-ups, les " soleils " et le air moonwalk vertical s'ensuivirent. L'idée du air moonwalk avait pris naissance en travaillant avec des artistes lors de la création du spectacle LE RÊVE de Dragone. On avait essayé certains types de marche dans d'autres positions et c'est suite à cela que je créai le air moonwalk vertical. (premier air moonwalk mis en ligne).

Un jour, il me vint l'idée d'essayer de mettre ces drapeaux en scène et de tenter d'en faire un produit vendable et ce, sous forme de prouesses physiques. Je voulais vendre aux clients trois passages de deux minutes accompagnés d'un animateur : j'aurais alors fait une performance d'homme fort comme dans le cirque traditionnel du début du siècle! Je commençai à me questionner au sujet de la création d'un futur appareil : qu'est-ce que j'allais pouvoir utiliser comme poteau pour faire que tout cela soit réalisable? Qu'est-ce qui ne serait ni long, ni complexe à installer vu la courte durée de cette prouesse? C'est lors de l'un de mes spectacles que je pu avoir réponse à mon questionnement; je remarquai les trépieds qui soutiennent les caisses de son et ça m'a inspiré! Je me suis alors rendu dès le lendemain dans une entreprise spécialisée en son et en éclairage et j'ai demandé à voir le plus gros trépied en magasin. Je l'ai essayé et je l'ai acheté sur le champ. Ainsi, j'avais mon premier mât autoportant, un manfrotto.

Pendant le même mois, celui de juin 2007, je reçu deux appels téléphoniques qui changèrent le cours de ma vie. Le premier était une émission de télévision allemande qui diffusait des records Guinness. Les responsables de l'émission avaient vu mes vidéos de drapeau humain sur YouTube et ils me demandèrent si j'étais intéressé d'établir un nouveau record. J'acceptai sans hésitation et six mois plus tard, en novembre 2007, j'établissais le premier record Guinness en drapeau humain, soit 39 secondes dans la position du drapeau jambes collées, parfaitement à l'horizontal. Le deuxième, à laquelle un ami me référa, était une émission de télévision québécoise qui cherchait un type de numéro acrobatique. Par contre, je n'avais pas les capacités à court terme pour le faire. Après réflexion, je leur ai dit : " Non, je ne fais pas ça et le gars qui fait ça est un russe, donc difficile à avoir. Cependant, je fais des drapeaux! ". Je leur ai montré l'une de mes vidéos où il y avait deux ou trois mouvements différents en drapeau humain. Ils m'ont répondu qu'ils aimeraient recevoir la vidéo de mon numéro complet dans un délai de trois jours. Je leur ai répondu qu'il n'y avait aucun problème. Par contre, je n'avais pas de numéro et je n'avais même jamais pensé en faire un! J'ai alors passé trois jours complets à l'école de cirque de Québec, à bâtir un numéro sur mon manfrotto, à créer des mouvements, une chorégraphie, un concept, à ajuster l'appareil. J'avais finalement un numéro sur vidéo que j'étais, en réalité, incapable d'enchaîner en entier. Un mois plus tard, je faisais la première performance à vie de l'homme drapeau, le 5 septembre 2007, pour l'ouverture de l'Orchestre Symphonique de Montréal avec Kent Nagano, diffusée en direct à la grandeur du Canada. Par la suite, je jouai ce numéro à plusieurs reprises dans des événements privés et des festivals, et ce, entre autres, avec le Cirque Àloize. J'utilisais alors un mât autoportant fixe, c'est-à-dire, sans possibilité de rotation.

Durant cette année là, j'entendis parler, pour la première fois, de Dima Shine, un artiste faisant un numéro exceptionnel d'équilibre et de contorsion. Il y intégrait le drapeau humain et ce que j'aimais particulièrement, c'est qu'il faisait un genre de air moonwalk effectué en rotation. Cet artiste que l'on peut encore voir performer aujourd'hui, utilise un mât autoportant aussi, un genre de lampadaire qui tourne en utilisant la force d'un moteur, le tout réglé au quart de tour par ordinateur, la rotation amenant une dynamique nouvelle. Quelques amis m'en avaient parlé, mais j'étais froid à l'idée, par peur de copier. Je ne voulais pas non plus avoir un appareil compliqué, lourd, et avec l'utilisation d'un moteur, ça allait dans cette direction.

Ensuite, vint " La France a un incroyable talent ". À la première parution, je crée un tout nouveau numéro de deux minutes, sur une musique que je choisis à partir de mon film préféré du moment, Love Actually (musique de Craig Armstrong). À la deuxième parution, je prends la musique que j'utilisais déjà et crée une autre performance où j'y intègre un nouveau mouvement, inventé par moi-même, le " struli ". On me garde en final. J'ai tout fait mon vocabulaire de mouvements et je dois amener quelque chose de nouveau si je veux avoir une chance de gagner. L'idée de la rotation me revient en tête. Je contacte donc Jean-Marc Cyr, spécialisé en décor de scène, effets spéciaux, etc. Je lui explique mes besoins : mât autoportant ressemblant le plus possible à mon manfrotto mais cette fois, il doit être rotatif. On en vient alors avec une maquette qui prendra forme et mon premier trépied à quatre pattes, rotatif, verra le jour. Je fais alors une nouvelle création pour les finales de l'émission de 2008. J'arrive 4e aux votes et je gagne le prix de la princesse de Monaco qui m'amènera ensuite au " Festival international de cirque de Monte-Carlo ". Finalement, je décidai de prendre les émissions 1 et 3 et de les mettre bout à bout : c'est alors qu'une nouvelle version du numéro de l'homme drapeau, que j'exécute depuis maintenant plusieurs années, voyait le jour! Depuis, j'ai participé à près de 1000 spectacles de toutes sortes dans plus de 30 pays, 70 émissions de télévision ainsi qu'une publicité internationale (Vaseline Men's). C'est donc plus de 500 millions de personnes qui ont pu voir cette performance!

L'homme drapeau est une création unique, une nouvelle discipline où c'est l'humain qui, tel un drapeau, flotte au vent.

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